Sacrées quilles ! (1/3)

Vous n'êtes pas sans le savoir, Jean-Pierre Dick a franchi la ligne d'arrivée du Vendée Globe hier, en 4ème position. Mais plus que sa place, c'est l'exploit qu'il signe qu'il faut souligner : parcourir 2643 milles sans quille !

C'est donc de quille que je souhaite vous parler, puisque cette édition du Vendée Globe a redémontré un fait déjà plus ou moins connu : les quilles des Imoca sont fragiles. En voici la preuve :

Marc Guillemot – Safran

Quelques heures seulement après le départ de la course, Marc Guillemot est contraint d'abonner : Safran vient de perdre sa quille suite à un choque.

« À un moment précis, j'ai entendu ce que j'interprète comme la succession de deux chocs, dans le temps très court d'une seconde. J'ai senti que ce n'était pas sous la coque mais qu'il y avait quelque chose de très bruyant, de très fort, de très brutal qui s'était fait au niveau de la quille. Le bateau s'est mis à gîter fortement, dangereusement. Comme j'étais dehors avec pratiquement les écoutes à la main, j'ai pu choquer immédiatement les voiles d'avant et la grand voile. Je ne suis pas allé voir la quille tout de suite car j'étais dans un timing d'urgence. Sans réfléchir, j'ai donc roulé ma voile d'avant. Ensuite j'ai pris un second ris puis un troisième. Donc le bateau était sécurisé. Les ballasts à l'avant et au milieu étaient pleins donc le bateau était stable. »

Safran sur sa remorque de route

Jean-Pierre Dick – Virbac Paprec 3

Puis c'est au tour de Jean-Pierre Dick sur Virbac Paprec 3 de se faire déposséder de sa quille au niveau des Açores, alors que son tour du monde était presque terminé ! Heureusement pour lui, il réussit à stabiliser son bateau et parvient à rentrer aux Sables d'Olonne, signant ainsi un nouveau record : celui de la plus grande distance parcourue sans quille.

« Là où je me suis fait le plus peur c’est le moment où j’ai perdu ma quille parce que le bateau s’est vraiment couché. J’avais la chance d’être à côté de l’écoute de grand-voile. J’ai rempli mes ballasts sous le vent. Je devais avoir 50-60° de gîte et à 70° apparemment, c’est le chavirage. J’ai réussi à abattre et à rouler ma voile. Ça s’est bien passé. Dans mon malheur, j’ai eu la réussite de mettre mon bateau droit. Il y avait du bruit et j’ai confondu le bruit habituel du vérin avec celui du voile de quille qui commençait à se disloquer. »

Javier Sansó – ACCIONA

Pour Javier Sansó par contre, la fin est nettement moins heureuse après qu'il ait lui aussi perdu sa quille près des Açores :

« Tout est allé très vite. Aux alentours de midi, je naviguais au près dans 20 nœuds de vent de nord-est et je venais tout juste d’envoyer un message à la direction de course, leur indiquant ma position et leur faisant savoir que tout se déroulait parfaitement avec les systèmes d’énergie. D’un coup, alors que j’étais sur le pont afin de prendre un ris, j’ai entendu un grand bruit et le bateau a gîté brusquement. Je suis tombé à l’eau avant d’avoir le temps de réagir. J’ai pu voir ACCIONA continuer à basculer rapidement jusqu’à chavirer complètement. J’ai pu nager jusqu’au tableau arrière et activer mon canot de sauvetage, dans lequel je suis monté. J’y suis resté tout l’après-midi et une bonne partie de la nuit. J’ai profité du soleil pour sécher un peu mes vêtements. Je n’ai pas pu m’amarrer au bateau car la mer était très formée et m’en suis donc rapidement éloigné. »

Son bateau retourné...

On peut dire qu'il a eu de la chance, car rattraper son bateau à la nage n'est pas chose aisée, vous avez déjà du vous en rendre compte en dériveur...

 

Beaucoup plus de peur que de mal pour ces trois skippers, mais la perte de leur quille soulève quelques questions auxquelles je tenterais de répondre dans deux prochains articles :

Et même si les Imoca sont tout sauf des dériveurs, certaines explications restent tout à fait valables pour de plus petits bateaux !

 

Crédits photos : Jean-Marie Liot / DPPI et DPPI

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Actualité rédigée par piero-la-lune.


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Tags : vendeeglobe

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