Sacrées quilles ! (3/3)

Après avoir fait le tour des bateaux ayant perdu leur quille durant ce Vendée Globle et avoir expliquer le fonctionnement des différents appendices des Imoca, il nous reste à nous demander pourquoi il y a tant de problèmes avec ces quilles pivotantes.

Une structure fragile

Comme on l'a vu dans l'article précédent, les quilles pivotantes ne jouent plus le rôle de plan anti-dérive : leur objectif est uniquement de créer un balancier efficace pour diminuer la gîte du bateau. Le voile de quille (la partie qui relie le bulbe à la coque, (2) sur le schéma ci-dessous) qui faisait office de dérive n'a donc plus aucune utilité : pour limiter les frottements, les architectes essayent donc de le rendre le plus mince possible, c'est-à-dire le plus fragile possible.

Quille pivotante

Légende :
(1) bulbe
(2) voile de quille
(3) vérin

De plus, il est facile de se rendre compte que le système qui permet à la quille de pivoter rend le tout bien plus fragile que si la quille était solidement raccordée à la coque, et demande beaucoup plus de maintenance. L'axe qui permet à la quille de pivoter, la jonction quille-coque, l'axe reliant la quille au vérin, le vérin lui-même, sont autant d'élément qui peuvent perturber le bon fonctionnement de la l'appendice...

Plus d'efforts à supporter

En plus de la fragilité inhérente à leur structure, les quilles pivotantes subissent également beaucoup plus d'efforts.

Rien qu'avec une simple quille droite, les efforts sont déjà très importants, et surtout augmentent énormément avec la vitesse. Pas de bol, les Imoca sont des bateaux qui sont conçus pour aller à fond ! Dans ces conditions, le moindre choque avec un objet marin, un OFNI (Objet Flottant Non Identifié) comme on dit souvent, ou même avec un animal, peut provoquer d'importants dégâts à la quille.

Le problème avec les quilles pivotantes, c'est qu'elles subissent encore plus d'efforts à cause de leur orientation. Les accélérations / ralentissements du bateau dans les vagues, les coup de gîtes, ... font beaucoup travailler la quille et la fatiguent. C'est cette fatigue qui serait à l'origine de la perte de l'appendice pour Marc Guillemot (Safran) et Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3). Pour Javier Sansó (ACCIONA 100% EcoPowered), il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions.

Ce qui est certain, c'est que ces quilles pivotantes coûtent très cher, et c'est ce qui explique le fait que les skippers y réfléchissent à deux fois avant de les remplacer. Jean-Pierre Dick l'avait envisagé avant de partir : les experts ayant conclu que le bateau pourrait finir son tour du monde avec l'ancienne quille, il ne l'a pas remplacée. À quelques milles près, les experts avaient raison : mais ces quelques milles ont quand même été de trop...

Et maintenant ?

Quelles sont donc les conclusions à tirer ? Visiblement, nous sommes encore incapables de simuler de manière satisfaisante les efforts que subissent une quille, puisque deux appendices ont cédé à cause d'une usure imprévue dans cette édition du Vendée Globe. En tout cas, les deux skippers auront probablement retenu la leçon !

Quille hors de l'eau
© Jean-Marie Liot / DPPI

Cependant, le système de quille pivotante ne peut être totalement remit en question : il apporte de véritables avantages, surtout pour les navigations en solitaire ! Le système doit être encore amélioré pour plus de fiabilité. Certains architectes envisagent également de placer un détecteur afin d'éviter les choques avec des animaux marins.

Enfin, une autre question se pose : pourquoi tous ces abandons en Atlantique alors que pratiquement aucun dans le Grand Sud ? La pollution des océans et le trafique grandissant y sont-ils pour quelque chose ?

Pour aller plus loin...

 

Crédit photo couverture : © Olivier Blanchet

À propos de cette actualité...

Actualité rédigée par piero-la-lune.


Aucun commentaire

Tags : vendeeglobe

Commentaires

Soyez le premier à laisser un commentaire !

Seuls les membres connectés peuvent poster des commentaires. Ceci est une protection mise en place afin de lutter contre des robots qui postaient automatiquement des commentaires indésirables.

Si vous n'avez pas encore de compte sur DériVoile, inscrivez-vous : c'est simple et rapide !